Hommage à Frédéric Joüon Des Longrais, un châtelain, un mari, un père, un grand père.
- 11 janv.
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Patrimoine emblématique de la Bretagne, le Château de la Roche Goyon, également connu sous le nom de Fort La Latte, domine depuis des siècles les falaises de Plévenon Cap Fréhel. Bien plus qu’un monument, il est un repère, un paysage familier, un symbole profondément ancré dans l’histoire et la mémoire collective du territoire.

Propriété privée transmise au sein de la famille Joüon Des Longrais depuis près d’un siècle, le Château de la Roche Goyon est indissociable de celles et ceux qui l’ont préservé, restauré et fait vivre au fil des générations. La disparition récente de Monsieur Frédéric Joüon des Longrais, le 2 Novembre, nous rappelle combien ce lieu exceptionnel est lié non seulement à une famille, mais aussi à un village, à un pays, et à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, se sentent attachés à ses pierres et à son horizon.
À travers leurs souvenirs, leurs mots et leur regard d’enfants, Typhaine, Gwendal et Guénolé Joüon Des Longrais ont livré ici un témoignage intime et sincère, pour évoquer le parcours, les valeurs et l’engagement de leur père.
Voici leur témoignage.
L’enfance et l’adolescence
Notre père, Frédéric Joüon Des Longrais, aîné d’une fratrie de trois enfants (Frédéric 1948, Marie Charlotte 1951, Denis 1956), est né à Boulogne-Billancourt le 26 octobre 1948.
Ses parents, Monsieur Frédéric Denis Marie Georges Joüon Des Longrais (3ème du nom, oui, beaucoup de « Frédéric » chez nous — sourires, mon père étant le 4ème à porter le nom de Frédéric Joüon Des Longrais -1948-2025) et Madame Yolande Marie Augusta Louise de la Taille-Trétinville, ont acquis le château en 1931, accompagné de trois hectares de terres. À cette époque, le site était en très mauvais état : les bâtiments étaient dépourvus de toitures et de planchers, à l’exception du donjon.


Les racines bretonnes de notre famille paternelle prennent corps à Saint-Malo. Dès son plus jeune âge, notre père quittait aussi souvent que possible la région parisienne pour rejoindre la Bretagne avec nos grands-parents. Logés près de Rennes, ils se rendaient régulièrement au château, ce qui a profondément ancré chez lui ce lien intime et durable avec le territoire.
En 1957, le château devient le décor du tournage du film Les Vikings, avec notamment Kirk Douglas et Tony Curtis. Pour un enfant de neuf ans, voir « Hollywood » investir ce lieu fut un émerveillement : rencontres avec les acteurs, immersion dans les coulisses du tournage… La magie n’est pas née à ce moment-là, mais elle n’en fut que renforcée. Ce tournage le marquera, il expliquera au Ouest France pour les 100 ans de Kirk Douglas que, durant tout le mois de juillet, sa famille vivait sur place, tandis que les équipes du réalisateur Richard Fleischer avaient investi la forteresse. Un jour, alors qu’il faisait la sieste dans le logis du château, la porte s’ouvrit :
« Je me suis relevé et j’ai vu Kirk Douglas, costumé, qui venait chercher son épée. »
Cette image, disait-il, était gravée à jamais dans sa mémoire.

Il se souvenait aussi de l’ampleur du dispositif mis en place par Hollywood : un village en bois installé pour la régie, des toitures partiellement dissimulées, une potence, le bélier de l’assaut final… Tout un décor éphémère venant dialoguer avec les pierres séculaires du château fort.
« Les équipes ont d’abord installé un village en bois pour accueillir toute la régie, dissimulé une partie des toits, construit une potence, le bélier de l’assaut final… »
Resté discret pendant le tournage, il évoquait encore, avec amusement, une frayeur mémorable dans le donjon, lorsqu’un casque de Viking, percé et truqué, laissa jaillir du faux sang sous ses doigts.
« Il y avait un casque de Viking posé sur les marches. Il était troué… J’ai mis mon doigt dans le trou et du sang s’est mis à gicler partout ! »
Cette plongée précoce dans la magie du cinéma, au cœur même du Château de la Roche Goyon, fut pour lui bien plus qu’une anecdote : elle renforça son attachement au lieu, à son histoire et à sa capacité unique à traverser les siècles, à accueillir les récits, et à continuer de faire rêver.
Il aimait aussi nous rappeler qu’il aurait pu, avec sa petite sœur, apparaître à l’écran et rester à jamais gravé sur la pellicule du film Les Vikings; une scène avait été envisagée, mais leur père s’y opposa, et cette séquence ne fut finalement jamais tournée.
Il nous reste aujourd’hui les souvenirs qu’il nous a transmis, de nombreuses images de famille, ainsi que des objets et accessoires issus de ce tournage, qui marqua à jamais Frédéric… et le Château.


À l’adolescence, le chateau occupait déjà une place centrale dans sa vie. Lorsqu’il s’y trouvait, il parcourait les fermes alentours, arpentait le parc et explorait les terres de Plévenon Cap fréhel. Il suivit des études agricoles, développant un profond respect pour ce milieu, avant de compléter sa formation par des études de comptabilité.
En 1967, à l’âge de 19 ans, il rencontre Isabelle Huon-Guillier, alors en formation pour devenir professeure de français et d’histoire-géographie. De cette union naissent Typhaine en 1969, Gwendal en 1972, et Guénolé en 1974.

La transmission
Le décès de nos grands-parents paternels, en 1975 puis en 1980, précipite la succession du château et de son domaine. À cette époque, la famille vit dans le Morbihan. Héritier du site, le couple s’interroge sur la responsabilité que représente un tel patrimoine et fait un choix déterminant : quitter le pays des landes de Lanvaux — où notre père est alors technicien agricole — pour s’installer à Rennes, afin de consacrer davantage de temps au château fort et à son parc.
Son quotidien s’organise alors autour des chantiers de restauration, de l’encadrement des équipes, de l’accueil des visiteurs, du reboisement du parc et de l’entretien général du site.
Face à l’augmentation constante du nombre de visiteurs, nos parents prennent rapidement conscience que le château devient une véritable entreprise touristique et culturelle. Ils s’adaptent à cette nouvelle réalité. Notre mère quitte l’enseignement pour se consacrer entièrement au site.
Ils mesurent alors que cet héritage dépasse largement le cadre familial : il devient une mission de valorisation et de transmission au service du plus grand nombre.

L’époque récente
Notre père était d’une nature discrète, parfois timide. Là où notre mère incarnait la figure publique et communicante du château, lui se concentrait sur la gestion, les travaux, l’organisation et le suivi des chantiers. Cette répartition des rôles s’est faite naturellement.

Même après sa retraite, il consacrait encore davantage de temps au château (sourires). Qu’il vive à Rennes ou sur place, pas une journée ne passait sans qu’il n’évoque les dossiers, les projets ou les travaux à venir.
Grâce à l’afflux croissant de visiteurs, les fonds nécessaires ont pu être réunis pour poursuivre la restauration, renforcer les équipes et développer le site. Le château est ainsi devenu le cœur battant de notre famille. Contrairement à de nombreux monuments historiques, le Château de la Roche Goyon a la particularité de s’autofinancer : ici, le visiteur est notre mécène.
Aujourd’hui, chacun poursuit cette œuvre :
Typhaine s’occupe de l’accueil et des visites,
Guénolé assure la partie technique et la gestion du parc, dans la continuité du travail de notre père,
Gwendal et son épouse gèrent le magasin du site.
Il a fallu s’adapter à l’ampleur prise par ce lieu et à son succès.

Des valeurs à la hauteur du site
Nos parents nous ont transmis des valeurs fortes, indissociables de la gestion du château.
Notre père portait un profond respect aux métiers manuels, convaincu que l’âme d’un territoire réside dans ses savoir-faire. Il visitait les exploitations voisines, suivait les chantiers et y participait activement — jusqu’à grimper sur un échafaudage à 72 ans pour sécuriser des anfractuosités après une tempête.

Au-delà de son engagement indéfectible pour le Château de la Roche Goyon, il était avant tout un amoureux du patrimoine, au sens le plus large et le plus sincère. Sa passion pour l’histoire et les vieilles pierres l’a conduit à s’investir dans la sauvegarde d’autres édifices remarquables, notamment le Manoir du Plessis Beaucé (domaine familial depuis 1847), près de Rennes, où il a entrepris d’importants travaux de restauration : réfection de toitures, consolidation du bâti et remise en valeur de plusieurs parties du manoir, toujours dans le respect de l’authenticité des lieux, nous étions depuis quelques temps avec lui sur le projet de sauvegarde de l'un des plus anciens logis porche en pans de bois, unique en Bretagne et peut-être de France, datant des années 1380.

L'un des plus anciens logis porche en pans de bois de Bretagne et peut-être de France au Manoir du Plessis Beaucé datant des années 1380 ©collection Château de La Roche Goyon
Curieux, passionné et infatigable, il parcourait la Bretagne pour en découvrir les trésors : châteaux, anciens manoirs, demeures oubliées, témoins silencieux de l’histoire bretonne. Fervent défenseur de la Bretagne historique, il voyait dans ce patrimoine un lien vivant entre les générations, une mémoire à préserver et à transmettre. Pour lui, chaque pierre racontait une histoire, et chaque restauration était un acte de fidélité envers ce territoire qu’il aimait profondément.
Panorama de lieux et de monuments visités et photographiés par Frédéric Joüon des Longrais au fil des années, en Bretagne et ailleurs.
Curieux de tout et animé d’un insatiable désir de découverte, il n’a cessé, tout au long de sa vie, de visiter, observer et photographier le patrimoine. Manoirs, châteaux, demeures anciennes, lieux culturels, musées… chaque déplacement était pour lui une occasion d’apprendre et de s’émerveiller. Les images présentées ici offrent un aperçu de ce regard attentif qu’il portait sur les pierres et sur l’Histoire de Bretagne et d'ailleurs.
Nous l’avons accompagné dans de nombreuses explorations du patrimoine breton, parfois lors de simples visites, parfois avec le concours d’associations de sauvegarde du patrimoine (Tiez Breiz) ou avec la Demeure Historique. Nous nous souvenons notamment de la découverte des dessous des remparts de Brest, guidés par un guide officiel, ou encore de la visite du Château du Taureau, parmi tant d’autres lieux marquants.
Ces moments partagés restent profondément ancrés en nous. À travers son regard, sa passion et sa générosité dans la transmission, il nous a appris à aimer le patrimoine et le passé. Aujourd’hui, cette passion est devenue la nôtre. À notre tour, nous voyageons, comme il l’a fait avant nous, à la découverte des monuments qu’il a aimés, visités ou rêvé de transmettre, poursuivant ainsi, humblement, le chemin qu’il a tracé.
La valeur du travail était pour lui essentielle à la réussite d’un projet d’une telle ampleur.
Bien avant que les enjeux environnementaux ne s’imposent au grand public, il avait compris l’importance fondamentale de préserver le cadre naturel du Château de la Roche Goyon. Depuis l’achat du château en 1931, son père puis lui-même ont, au fil des décennies, racheté les terres jouxtant le site, faisant progressivement passer le domaine de trois hectares à près de cent hectares aujourd’hui.
Plus qu’un château restauré, il souhaitait transmettre un site global, où le monument, les paysages, les landes, la biodiversité, la faune et la flore forment un tout indissociable. Le parc du château est désormais intégré à un plan simple de gestion forestière, garantissant une approche durable et raisonnée de cet espace naturel exceptionnel. Une partie des terres a été reboisée au fil du temps, dans une logique de transmission à long terme.
Ces engagements se sont encore renforcés ces dernières années : à partir de 2010, près de 14 000 arbres ont été plantés dans le parc, témoignant d’une volonté constante de préserver, d’enrichir et de transmettre ce patrimoine naturel aux générations futures.
L’entretien du parc, la prévention des incendies, le respect du vivant et le bien-être des animaux faisaient pleinement partie de sa vision : celle d’un château inscrit dans son paysage, protégé par son écrin naturel et indissociable de son environnement.

Entre 2010 et 2015, près de 14 000 arbres ont ainsi été plantés, témoignant d’un engagement profond et durable en faveur du paysage, de la biodiversité et de la transmission de ce patrimoine naturel.


Il nous a également légué une grande leçon de sagesse : le château de la Roche Goyon est un patrimoine collectif. Propriété privée sur le papier, il appartient symboliquement au village, à la Bretagne, à la France et à l’Histoire. Notre famille n’en est qu’un maillon au sein d’une chaîne séculaire.
C’est dans cet esprit qu’il tenait à la gratuité d’accès pour les habitants de Plévenon Cap Fréhel : le patrimoine appartient à son territoire.

Un lien retrouvé avec Monaco et la mémoire des Goyon-Matignon
Notre père était également fier d’avoir pu nouer, raviver et rendre visible un lien ancien, longtemps resté discret, entre le Château de la Roche Goyon, la famille Goyon de Matignon — seigneurs historiques du lieu — et la Principauté de Monaco. Issus d’une même lignée, les Goyon-Matignon accédèrent au trône monégasque au XVIIIᵉ siècle avec l’union de Jacques François Léonor Goyon de Matignon et de Louise-Hippolyte Grimaldi, faisant entrer cette grande famille bretonne dans l’histoire de la dynastie des Grimaldi.

Ce rapprochement historique, que son propre père aurait aimé pouvoir établir de son vivant, notre père a pu l’accomplir avec émotion et conviction. Dès 2012, bien avant la création de toute structure officielle, le Château de la Roche Goyon eut l’honneur de recevoir en visite Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II de Monaco. Cette venue, rendue possible grâce à l’engagement et au soutien des Amis du Passé en Pays de Matignon, marqua une étape fondatrice dans la reconnaissance de cette histoire commune, à une époque où le réseau des sites historiques Grimaldi n’existait pas encore.
En 2014, notre père et notre mère furent à leur tour reçus à Monaco, quelques mois seulement avant la création officielle de l’Association des Sites Historiques Grimaldi de Monaco en 2015. Ces échanges contribuèrent à poser les bases d’un lien durable, fondé sur l’histoire, le respect mutuel et une volonté partagée de transmission patrimoniale.
Ce lien fut pleinement consacré en 2025, lorsque Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II de Monaco revint au Château de la Roche Goyon, à l’occasion du 300ᵉ anniversaire du décès de Jacques III de Goyon-Matignon. Malgré la maladie, notre père fut extrêmement heureux, y voyant l’aboutissement d’un chemin de transmission, de mémoire et de fidélité à l’Histoire du château.
Aujourd’hui, le Château de la Roche Goyon fait officiellement partie des Sites Historiques Grimaldi de Monaco, poursuivant ainsi et inscrivant dans la durée ce lien entre le château et la Principauté. Un lien que notre père a su faire renaître, et que nous continuerons à faire vivre, avec la même exigence, le même respect et la même fidélité à l’œuvre qu’il a patiemment construite.
Nous sommes aujourd’hui fiers de pouvoir ainsi remettre à l’honneur le nom originel du site, le Château de la Roche Goyon, indissociable de son histoire, de sa lignée et de la mémoire qu’il porte depuis des siècles.
Un héritage vivant
Le Château de la Roche Goyon n’est pas un monument figé dans le passé. Il est un lieu vivant, en perpétuelle évolution, façonné par le travail, les choix et les convictions de celles et ceux qui en ont eu la charge. À travers les restaurations, les engagements, les combats menés et les gestes quotidiens, notre père a inscrit son action dans une continuité : celle du temps long.
Ce qu’il nous a transmis dépasse largement les murs du château. C’est une manière de regarder le patrimoine, de le respecter, de l’interroger et de le défendre. Une conviction profonde que ces lieux ne nous appartiennent jamais totalement, mais que nous en sommes les dépositaires provisoires, responsables devant l’Histoire et les générations futures.
Aujourd’hui, chaque pierre restaurée, chaque arbre planté, chaque visiteur accueilli prolonge cette vision. Le Château de la Roche Goyon continue de vivre, non comme un simple monument, mais comme un héritage partagé.
Hommage aux combats menés
Au-delà de sa vie familiale, notre père a consacré un pan entier de son existence à cette œuvre immense. Soutenu par notre mère, il a mené de nombreux combats pour préserver et développer le site.
Les relations avec l’État ont parfois été des partenariats, parfois des épreuves. Nous nous souvenons notamment du jour où la modification du tracé du GR34, passant en partie sur les propriétés du site, fut annoncée sans concertation. Une décision qui l’avait profondément affecté. Pour lui, la gestion d’un tel monument devait nécessairement inclure toutes les parties prenantes.
Fervent défenseur du patrimoine, il l’était aussi de sa protection. Convaincu que la préservation des paysages est indissociable de celle des monuments, il s’est opposé avec détermination à l’implantation de l’usine d’éoliennes à proximité de sites sensibles, notamment aux abords de la zone Natura 2000 du Cap Fréhel. Il dénonçait l’impact visuel majeur de tels projets sur des paysages historiques, naturels d’exception, longtemps préservés de toute empreinte humaine, des espaces ouverts, presque vierges, dont la force résidait précisément dans leur silence, leur vide et leur authenticité, visibles depuis de nombreux monuments emblématiques du territoire.

Son engagement ne se limitait pas à ce seul site : il s’est également élevé contre des implantations prévues à proximité d’autres monuments historiques, estimant que la protection du patrimoine devait s’inscrire dans une vision globale et cohérente du territoire. Fidèle à ses convictions, il n’hésitait pas à afficher publiquement ses positions, notamment au Château de la Roche Goyon, considérant qu’il était de sa responsabilité de propriétaire, mais aussi de passeur de mémoire, d’alerter et de sensibiliser sur les risques pesant sur ces paysages hérités de l’Histoire.
Pour lui, protéger le patrimoine, ce n’était pas seulement restaurer des pierres : c’était aussi préserver les horizons, les lignes de fuite, les équilibres paysagers, afin que les générations futures puissent encore ressentir l’émotion intacte de ces lieux.


Il y aurait encore tant à dire. Mais chacun qui l’a connu en garde une mémoire personnelle.
Le monument qu’il nous laisse reflète l’homme qu’il était. Et à travers les milliers de visiteurs qui franchissent chaque année les portes du Château de la Roche Goyon, c’est un peu de sa mémoire qui continuera de traverser le temps.
Pour notre père aimant,
qui a su nous faire grandir tout en menant de si grands projets pour Plévenon Cap fréhel et bien au-delà.
Son épouse et ses enfants.
Frédéric Joüon des Longrais
(26 Octobre 1948 – 2 Novembre 2025)

Sources : Archives et collection du château de la Roche Goyon Cinémathèque de Bretagne
Magazine Demeure historique, N° 143, 4ème trimestre 2001
Images du château avec les éoliennes Bertrand Panchout
Frédéric Joüon des Longrais
(26 octobre 1948 – 2 novembre 2025)
Frédéric Joüon des Longrais est le propriétaire et gestionnaire de monuments historiques bretons, principalement connu pour son rôle dans la conservation, la gestion et la transmission du Château de la Roche Goyon, également appelé Fort La Latte, situé sur la commune de Plévenon Cap Fréhel, dans les Côtes-d’Armor en Bretagne. Il est décédé à Rennes, le 2 novembre 2025 à l’âge de 77 ans.
Biographie
Jeunesse et formation
Frédéric Joüon des Longrais naît le 26 octobre 1948 à Boulogne-Billancourt. Issu d’une famille propriétaire du Château de la Roche Goyon depuis 1931, il partage son enfance entre la région parisienne et la Bretagne, où il séjourne régulièrement au château familial.
Il suit des études agricoles, puis complète sa formation par des études de comptabilité. Cette double formation influencera durablement son approche de la gestion patrimoniale, associant respect des savoir-faire ruraux et organisation rigoureuse des chantiers.
Le Château de la Roche Goyon
Dès son enfance, Frédéric Joüon des Longrais est étroitement lié au Château de la Roche Goyon. En 1957, alors âgé de neuf ans, il assiste avec sa petite soeur Marie Charlotte, au tournage du film Les Vikings, réalisé par Richard Fleischer, avec notamment Kirk Douglas, Tony Curtis et Janet Leigh. Le château sert alors de décor à plusieurs scènes du film, événement marquant dans l’histoire du site.
À la suite du décès de ses parents en 1975 et 1980, Frédéric Joüon des Longrais hérite du château et de son domaine avec son épouse. Le couple choisit de s’installer à Rennes afin de pouvoir consacrer davantage de temps à la gestion du monument.
Il s’implique durant plusieurs décennies dans l’entretien, la restauration et l’organisation du site : suivi des nombreux chantiers, encadrement des équipes, accueil du public et gestion du parc. Sous sa gestion, le Château de la Roche Goyon se développe comme un site touristique et culturel majeur, fonctionnant principalement grâce à l’autofinancement issu des recettes de visites.
Vie familiale
En 1967, Frédéric Joüon des Longrais épouse Isabelle Huon-Guillier, alors en formation pour devenir professeure de français et d’histoire-géographie. Le couple a trois enfants : Typhaine (née en 1969), Gwendal (né en 1972) et Guénolé (né en 1974). La famille est étroitement associée à la gestion quotidienne et à la continuité du site.
Engagement patrimonial
De nature discrète, Frédéric Joüon des Longrais se consacre principalement aux aspects techniques, administratifs et logistiques de la gestion du Château de la Roche Goyon, laissant à son épouse un rôle plus visible auprès du public et des visiteurs.
Parallèlement à son engagement au château, il participe également à la sauvegarde du Manoir du Plessis Beaucé, domaine familial situé près de Rennes, où il conduit d’importants travaux de restauration du bâti et de mise en valeur architecturale.
Convaincu que la conservation des monuments historiques doit s’accompagner de la préservation de leur environnement, il accorde une attention particulière au cadre naturel du Château de la Roche Goyon. Le domaine, progressivement étendu au cours du XXᵉ siècle, atteint près de cent hectares. À partir de 2010, un programme de reboisement est engagé, avec la plantation de plusieurs milliers d’arbres, dans une logique de gestion durable et de transmission patrimoniale.
Vision du patrimoine
Frédéric Joüon des Longrais défend l’idée d’un patrimoine à la fois privé dans son statut juridique et collectif dans sa vocation culturelle. Il considère le Château de la Roche Goyon comme un élément constitutif du paysage breton et de la mémoire locale, accessible au plus grand nombre. Cette conception se traduit notamment par la gratuité d’accès accordée aux habitants du village de Plévenon Cap fréhel.
Décès
Frédéric Joüon des Longrais décède le 2 novembre 2025. Son décès est annoncé par la famille via les réseau du Château, du manoir et relayé par plusieurs médias régionaux (Ouest-France, Le Télégramme).
Réactions et hommages
À la suite de l’annonce de son décès, relayée notamment sur les réseaux du Château de la Roche Goyon et du manoir du Plessis Beaucé, de nombreux messages de soutien, courriers, fleurs et témoignages ont été adressés à la famille. Ces marques de reconnaissance émanaient de visiteurs, d’habitants du territoire, de passionnés de patrimoine ainsi que d’acteurs du monde culturel, saluant son engagement de longue date en faveur de la valorisation, la restauration, la conservation et de la transmission du patrimoine.
La famille Joüon des Longrais et l’équipe du Château de la Roche Goyon remercient l’ensemble des personnes ayant exprimé leur soutien et leur reconnaissance pour les actions menées tout au long de sa vie.






























































































































































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